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J'écris avec des fleurs ; je
peins dessus les mots. Toute une averse. Soudain tu seras là,
pas seulement pour la galerie. Et je ne serai plus ni ta tulipe,
ni ton amaryllis, ni offerte, ni assoiffée ni l'éphémère. Elles
n'ont pas de secret, les fleurs, seulement du temps, fané.
Comme on rend grâce à leur lumière, je m'en
vais appeler la pluie, la recueillir sur ma toile aride. Le jardin
traverse l'atelier.
Dans l'herbe coupée du matin, dans la rosée volubile,
dans ton dessein de me suivre, de me correspondre, de me créer,
de m'attendre encore. Dans la brise pour que je ne casse pas, dans
la légèreté pour que je m'envole, dans ton arôme
pour que je respire la vie. Et que la pluie vienne confondre lettres
et larmes...
Sous l'effleurement du miroir, j'arrêterai mon geste, déposant
colle et couronnes, ciseaux. Ce ne sont que pétales, la douceur
de ma peau. Et nous serons unis, silencieux, vivants, dans la couleur
des fleurs sous la pluie.
Sophie Tournier
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